[Autobiographie]

genreAutobiography
languagesfrançais
date03/1847
physical and bibliographical description

Document manuscrit : Département des manuscrits de la Bibliothèque national de Russie, fonds 65, opis’ 1, no 4. Document cité dans Fouque, Octave (1880), « Berlioz en Russie », Le Ménestrel, 1880 (46), p. 76-146 ; et commenté par Syreishchikova, Anastasiia (2017), Les voyages d’Hector Berlioz en Russie : histoire d’un dialogue musical franco-russe (1833-1869), thèse de doctorat, EPHE, Paris, 2017.

compositeur
content

« H. Berlioz est né à la Côte-Saint-André, département de l’Isère ; il eut ainsi, dès son enfance, le spectacle des Alpes sous les yeux. Il eut de bonne heure le goût des explorations aventureuses. Il passait ses journées à étudier les cartes géographiques de l’Amérique et de l’Océan Pacifique. Il est possible que s’il fût né sur un port de mer, la marine eût été sa carrière. Cependant son père, qui a exercé pendant vingt ans avec succès la carrière médicale, tenait à en faire un médecin. Le jeune homme n’étudiait l’anatomie qu’à contre-cœur, la musique avait déjà absorbé toutes ses pensées, et quand, à son arrivée à Paris, il put entendre un opéra de Gluck, sa passion éclata avec une violence rare ; il abandonna les amphithéâtres de dissection pour la bibliothèque du Conservatoire, et alors commença avec son père une guerre de famille douloureuse pour tous les deux autant qu’inutile. M. Berlioz ayant retiré à son fils la pension qui le faisait vivre à Paris pour le forcer de revenir en province, le jeune musicien préféra se faire choriste dans un théâtre de second ordre avec cinquante francs d’appointements par mois. Il vécut ainsi pendant quelque temps à l’aide de quelques leçons de solfège qu’il donnait en outre, jusqu’au moment où il obtint le premier prix de composition musicale à l’Institut de France. Cette distinction lui valut le retour de la tendresse de son père et une pension de trois mille francs pendant cinq ans. Il passa deux années en Italie, et il nous a raconté lui-même ce voyage dans ses deux volumes intitulés : Voyage musical en Allemagne et en Italie. La première grande composition qu’il fit entendre à Paris avant son départ pour l’Italie, fut l’ouverture des Franc Juges ; un an après il écrivit la Symphonie fantastique. Il la retoucha et la récrivit presque en entier en Italie. Plus tard, il y ajouta un supplément, le Retour à la Viemélologue, mélange de musique et de discours dont il avait fait les paroles pendant ses courses vagabondes en Toscane et dans les Abbruzes. La second symphonie qu’il écrivit à l’instigation de Paganini a pour titre Harold, et n’est que la reproduction musicale de ses impressions en Italie. C’est dans cet ouvrage que se trouve la célèbre marche des Pèlerins chantant la prière du soir, si populaire en France et en Allemagne. La quatrième symphonie (funèbre et triomphale) lui fut commandée par le ministre de l’Intérieur pour la cérémonie d’inauguration de la colonne de la Bastille ; il venait à peine de terminer alors son immense symphonie avec chœurs sur Roméo et Juliette, qu’il a dédiée à Paganini et qui passe pour la plus grande de ses compositions de cette nature. Le Requiem lui avait été commandé par le ministre de l’Intérieur et fut exécuté pour la première fois aux funérailles du maréchal comte de Damrémont, mort au siège de Constantine. Il n’a fait qu’un seul opéra, Benvenuto Cellini, dont les deux ouvertures (le Carnaval romain est la deuxième) sont très connues. Ses ouvertures du Roi Lear, de Waverley, de la Tempête, ses morceaux pour l’Hamlet de Shakespeare, ses Mélodies irlandaises sur les poèmes de Moore attestent une tendance bien prononcée de son esprit pour la littérature et la poésie anglaise ; son dernier ouvrage, cependant, la Damnation de Faust, est dû tout entier à l’inspiration allemande. Il n’y a que huit ou neuf ans que Berlioz dirige lui-même ses concerts, et l’on sait qu’il a acquis une supériorité reconnue de toute la France et de toute l’Allemagne dans cet art difficle d’organiser et de diriger les grandes exécutions musicales. »