J'écris ce qui me chante
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Nicolas Southon a publié en 2011 chez Fayard, une anthologie critique rassemblant plus de 120 écrits de Francis Poulenc, issus de la presse française et étrangère, et dont la parution s’échelonne entre les années 1920 et 1960.
Venant compléter une précédente compilation comprenant les 32 émissions radiophoniques créées par Poulenc entre 1947 et 1949 ainsi que son Journal de vacances et ses Feuilles américaines (À bâtons rompus… textes réunis…, par Lucie Kayas, Actes Sud, 1999), il s’agit de la seule entreprise de cette envergure quant aux écrits publics en prose de ce compositeur prolixe, Southon annonçant dès l’entrée qu’il était néanmoins impossible de « prétendre à l’exhaustivité » (p. 55) et ce notamment en raison du choix d’inclure les entretiens (« ce type de document étant par nature très peu référencé, et présent en grand nombre dans l’immensité océanique de la presse », p. 56). Composée de près d’un millier de pages remarquablement documentées et annotées, cette anthologie fait référence pour celles et ceux intéressés par la figure et l’œuvre de Poulenc et par un corpus qui, jusqu’à cette publication, était difficilement accessible car largement dispersé. Ce travail a d’ailleurs été reconnu : « [Nicolas Southon] a diligemment exploré de nombreuses sources et en a déterré des écrits ou des entretiens avec Poulenc qui ajoutent significativement à notre connaissance de sa carrière, de ses façons de penser et de sa biographie. » (Carl B. Schmidt, Revue de Musicologie, n°2 (2014), p. 471). Ainsi, Southon a exhumé ce qui constitue sans doute les premières interventions de Poulenc dans l’espace public : alors âgé d’à peine 20 ans, Poulenc signe quelques déclarations dans Le Coq (parisien) et voit ses propos adressés à Paul Landormy qui l’interrogeait sur lui-même et des membres du Groupe des Six reproduits dans la revue La Victoire. On y retrouve également sa contribution à une enquête originale menée par Raymond Queneau en 1956 au sujet de la « bibliothèque idéale » que « tout honnête homme se devrait d’avoir lu[e] » : à cette occasion, le grand lettré qu’était Poulenc soumit une liste d’une centaine d’ouvrages divisée entre les « livres qu’il souhaiterait et détesterait posséder ».
L’anthologie témoigne de la grande diversité de genres auxquels s’est essayé le compositeur, diversité que le lecteur pourra apprécier dès la table des matières. En effet, celle-ci se structure en sept catégories au sein desquelles les écrits sont classés par ordre chronologique : « Articles de presse ou parus dans la presse » (31), « Critiques et comptes rendus » (17), « Contributions à des ouvrages » (12), « Hommages » (18), « Réponses à des enquêtes » (8), « Conférences » (4), « Entretiens » (30), auxquels s’ajoutent encore la biographie sur Chabrier (publiée pour la première fois en 1961), les Entretiens avec Claude Rostand, radiodiffusés et publiés en 1954, et Moi et mes Amis, « confidences recueillies » par Stéphane Audel, radiodiffusées à partir de 1953 et parues après la mort du compositeur en 1963.
La majorité des écrits de Poulenc publiés dans le présent ouvrage sont introduits par un commentaire précisant leur contexte de rédaction et de publication. Quant aux 57 pages d’introduction, celles-ci offrent une analyse détaillée du corpus à la lumière du parcours personnel et professionnel du compositeur : Southon revient ainsi sur la volonté apparente de Poulenc de nourrir sa présence dans le champ médiatique, la liberté avec laquelle il use de genres a priori codés, son refus d’un discours technique sur la musique, sa culture littéraire qui transparaît dans ses écrits, son style familier et oral couplé à l’utilisation de l’anecdote bien placée et nourrissant le « mythe de Poulenc ».
Mélanie De Montpellier
Pour aller plus loin
[Compte rendu] Francis Poulenc, J’écris ce qui me chante. Textes et entretiens réunis, présentés et annotés par Nicolas Southon, par Carl B. Schmidt, Revue de Musicologie, T. 100, n°2 (2014), p. 471-473.