Entwurf einer neuen Ästhetik der Tonkunst

Modeste par sa taille mais célèbre par son impact et sa diffusion, l’essai de Ferruccio Busoni (1866-1924), écrit directement en langue allemande, paraît à Trieste en 1907 aux côtés de ses livrets opératiques Der mächtige Zauberer et Die Brautwahl* ; il est réédité à Leipzig en 1910, dissocié des deux livrets, puis dans une version augmentée en 1916. Le terme d’esquisse (Entwurf) choisi par Busoni renvoie à la brièveté de l’ouvrage, sans doute aussi à sa construction rhapsodique : le texte est composé de remarques éparses, d’aphorismes ou de développements qui s’enchaînent de manière assez libre. Il propose néanmoins une véritable esthétique, au sens où s’y déploie une pensée systématique, qui, pour s’autoproclamer nouvelle et demeurer en partie utopiste, ne s’enracine pas moins dans une vaste culture (Tolstoï, Poe, Rilke, Hofmannsthal, …) et dans l’héritage de l’esthétique romantique.

L’essai s’inscrit en effet dans une conception métaphysique de la musique issue du spiritualisme et de l’idéalisme allemand. Elle se situe dans le sillage de Hoffmann (Les frères Sérapion) mais aussi de Nietzsche (Par-delà le bien et le mal) : la musique est « un éther sonore qui surpasse l’éther lui-même », « aussi universelle et complète dans l’homme qu’elle l’est dans l’univers » (p. 57**). Cette mystérieuse force, éternelle, horizon de tout artiste véritable, est à distinguer pour Busoni de l’art musical, qui en serait encore au stade de l’enfance et aspirerait à devenir pleinement adulte et autonome : « il est né libre, et la liberté est sa destination même » (27).

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éditions numérisées
genreEssai
éditeurCarlo Schmidl & Co.
lieu d'éditionTrieste
années d'édition1907
nombre de pages48 [119]
langue originaleallemand
traductions
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