Music: Its Secret Influence throughout the Ages
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Entre mars et juillet 1928, Cyril Scott (1879–1970) publie dans les pages de The Sackbut une série de cinq articles consacrés à la « musicalité » (“Musicality: An Entertaining Enigma. Introductory”, “Musicality: An Entertaining Enigma. II. The Problem of Pure Music”, “Musicality: III. The Musical Nation Enigma”, “Musicality: IV. The Psychology of Composers”, “Musicality: V. Why We Compose”), dans lesquels il aborde les principaux problèmes de l’esthétique musicale, en soulignant le caractère énigmatique et paradoxal de la création musicale. Le contenu de ces articles constituera la base des quatre premiers chapitres de la plus vaste monographie musicale rédigée par le compositeur : Music: Its Secret Influence throughout the Ages (Londres, Rider & Co., 1933). Cette œuvre, à la frontière entre littérature musicologique et écriture occultiste, peut être considérée en grande partie comme une réécriture et un développement du volume The Influence of Music in History and Morals: A Vindication of Plato (Londres, The Theosophical Publishing House, 1928), lui-même issu d’une série d’articles parus entre 1924 et 1925 dans les revues The Sackbut (“The Influence of Handel on Victorian Morals: A Vindication of Plato”, vol. IV, n. 12, juillet 1924 ; “The Influence of Music on Character and Morals: A Vindication of Plato. II. Comparison Between the Influence of Handel and Bach”, vol. V, n. 4, novembre 1924 ; “The Influence of Music on Character and Morals: A Vindication of Plato. III. Beethoven, Sympathy and Psycho-Analysis”, vol. V, n. 5, décembre 1924 ; “The Influence of Music on Character and Morals: A Vindication of Plato. IV. The Mendelssohnian Sympathy”, vol. V, n. 6, janvier 1925 ; “The Influence of Music on Character and Morals: A Vindication of Plato. V. Chopin, The Pre-Raphaelites and the Emancipation of Women”, vol. V, n. 7, février 1925 ; “The Influence of Music on Character and Morals: A Vindication of Plato. VI. Wagner, Spirituality and Freedom”, vol. V, n. 9, avril 1925) et Etude (“Schumann – The Master of Child Music”, vol. XLII, n. 9, septembre 1924).
L’ouvrage se compose de cinq parties (1. Études préliminaires ; 2. Études biographiques, analytiques et esthétiques ; 3. Points de vue ésotériques : la musique des Dévas ou l’évolution des forces de la nature ; 4. Historique ; 5. Anticipations occultes) ; le noyau central, formé par les parties 2, 3 et 4, constitue une relecture de The Influence of Music in History and Morals.
La perspective occultiste de Scott se manifeste dès le plan programmatique de l’ouvrage, exposé au cinquième chapitre de la première partie, intitulé « Les sources ésotériques de cet ouvrage ». Scott y présente le contenu du volume comme le résultat d’une activité médiumnique à travers laquelle, durant sept années, et grâce à l’intercession de la clairvoyante Nelsa Chaplin (énigmatique figure d'ésotériste proche du compositeur et de son épouse, et personnage, sous le nom fictif de Christabel Portman, de la trilogie de l’Initié), il aurait reçu certains enseignements occultes de la part du maître de sagesse Koot Hoomi, membre de la Grande Loge Blanche et déjà inspirateur de La Doctrine Secrète d’Helena Blavatsky : « Ce fut au cours de l’une de ces communications, » déclare l’auteur, « qu’il me dit que les temps étaient venus où il était souhaitable que l’humanité fût éclairée sur les enseignements ésotériques de la musique et de son influence sur chaque phase d’activité de la civilisation » (p. 35, éd. française). En ce sens, le livre de Scott s’inscrit à la fois dans le champ de la littérature théosophique et de la littérature révélée. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Scott propose de brefs portraits biographiques consacrés à Haendel (chap. 7 et 8), Bach (8), Beethoven (9), Mendelssohn (10), Chopin (11 et 12), Schumann (13), Wagner (14) et Strauss (15), en mettant en lumière les caractères essentiels et la réception de leurs œuvres. Quant à la troisième partie, c’est ici que l’auteur expose les idées les plus singulières du volume : le « point de vue ésotérique » qu’il développe repose sur l’idée que tous les grands compositeurs de l’histoire de la musique occidentale auraient agi en tant que messagers et interprètes d’entités supérieures, désignées sous le nom de Dévas – figures angéliques situées, dans la cosmologie théosophique, à mi-chemin entre le plan humain et le plan divin – dans le but de susciter et d’orienter un progrès spirituel de l’humanité. Les compositeurs abordés dans cette section de l’ouvrage sont Franck (chap. 18), Grieg, Tchaïkovski et Delius (19), Debussy et Ravel (20), Scriabine (21), Moussorgski (23). Après avoir traité dans la quatrième partie des différents rôles de la musique dans les civilisations anciennes (égyptienne, grecque et romaine) et dans les différentes ères modernes (l'époque de la réforme, l'Angleterre pré-élisabéthaine, le dix-septième et le dix-huitième siècle), des systèmes musicaux indien et grec, ainsi que des différents genres et formes de la polyphonie occidentale (en particulier le déchant et le canon), le livre de Scott se clôt par des positions prophétiques, présentées dans la cinquième et dernière partie. Selon Scott, la musique de l’avenir suivra une évolution articulée en plusieurs étapes successives et progressives, ayant pour but, d’une part, « de nous mettre en contact plus étroit avec le monde des Dévas » (p. 238), et d’autre part, en prophétisant une nouvelle venue du Christ dans le but de renouveler le monde, « de préparer et de faciliter son avènement, en mettant l’harmonie dans les corps subtils des hommes » (p. 241).
Le succès commercial de l’ouvrage est immédiat, ce qui conduit l’éditeur à en publier trois réimpressions en moins d’une décennie. En 1950, une nouvelle édition, légèrement augmentée, paraît chez le même éditeur, tout en faisant aussi l’objet de plusieurs republications et rééditions auprès d’éditeurs différents. En dehors du monde anglophone, la réception de l’ouvrage est plus lente, mais néanmoins significative. Il faut attendre la fin des années 1950 pour voir apparaître les premières traductions, à commencer par l’édition suédoise Musikens makt (Täby, Larson, 1958), suivie de près par la traduction française publiée en Suisse (La Musique : son influence secrète à travers les âges, Neuchâtel, La Baconnière, 1960). C’est tardivement que viendront les traductions en allemand (Musik : ihr geheimer Einfluss durch die Jahrhunderte, Munich, Hirthammer, 1985), en italien (L’influenza segreta della musica : un viaggio attraverso i secoli, Pinasca, Synthesis, 2005), en russe (Оккультное воздействие музыки [Okkulʹtnoe vozdeĭstvie muzyki], Moscou, Ripol Classic, 2005) et en espagnol (La música : su secreta influencia a través de las edades, Barcelone, Escuelas de Misterios, 2011).
Tommaso VIGNA
31/07/2025